Le sol, une ressource fragile et infiniment précieuse

Le sol, une ressource fragile et infiniment précieuse

Le sol, autrement dit la terre, est une ressource non renouvelable au sens qu’il se détruit bien plus vite qu’il ne se régénère. Afin de le protéger, l’Office fédéral de l’environnement exige depuis presque 20 ans un suivi pédologique des travaux sur les grands chantiers. Découvrez ce qui est entrepris pour préserver les terres autour du chantier de contournement du Locle.

La pédogénèse, soit l’ensemble des processus physiques, chimiques et biologiques qui, en interaction les uns avec les autres, aboutissent à la formation d’un sol (autrement dit de la terre) est un processus extrêmement long. Pour obtenir un centimètre d’épaisseur de sol, il faut 200 à 300 ans. Une couche de terre abîmée lors de travaux ne peut pas être simplement réparée, nettoyée ou reconstituée. Selon le type d’atteinte, des dizaines à des milliers d’années sont nécessaires pour régénérer sa qualité. 

Éviter à tout prix le compactage

Il suffit d’une machine très lourde durant quelques secondes, pour qu’un sol, comme un château de cartes, s’affaisse et se compacte, créant des dégâts irréversibles. Le plus préjudiciable étant la perte de la macroporosité – ces espaces entre les agrégats du sol – dans l’horizon A (la couche supérieure du sol) mais aussi et surtout en profondeur dans l’horizon B (la couche inférieure du sol).

Des dégâts sur des années

Les répercussions d’un sol compacté sont importantes. Si tous les petits espaces nécessaires au passage de l’air et de l’eau sont tassés, le sol et tous les organismes qui y vivent s’asphyxient, ne laissant plus d’oxygène aux racines et aux microorganismes. L’eau ne peut plus s’y infiltrer, ces terres deviennent non fertiles. Plus encore, lors des fortes pluies, ces surfaces n’absorbent plus l’eau: celle-ci ruisselle en surface, avec des risques d’inondation et d’érosion.   

Protéger ou décaper pour ne pas compacter

Au début des travaux, les surfaces utiles pour l’installation de chantier, les pistes et les places de stockage sont répertoriées et l’emprise du chantier est réduite au maximum. Comment protéger ces sols qui devront subir des passages répétés de machines de chantier? En règle générale, pour ces emprises temporaires sur les sols, les directives standard de protection des sols préconisent l’installation d’un dispositif de répartition des charges composé d’un géotextile et de 50 cm de grave compactée et aménagée directement sur les sols en place. Cette solution est la plus optimale pour les emprises de courte à moyenne durée et ne devant pas subir des charges trop importantes.

Au-delà, le risque d’asphyxie des sols est trop grand et un décapage temporaire des sols est recommandé. C’est le cas de de la place d’installation des Herses au Locle Est, sur laquelle du stockage de matériaux d’excavation sur une hauteur supérieure à 4 m est prévu. Ici, les sols ont été donc précautionneusement décapés, couche par couche (horizon A et horizon B), avant l’aménagement de la place. Les terres décapées sont ensuite stockées, cartographiées par GPS et remises à leur emplacement initial à la fin du chantier. 

Préserver la tourbe vieille de 10'000 ans

À l’ouest du tunnel de contournement, les marais du Locle, sont constitués de tourbe très engorgée en eau et instable, qui, en raison de l’eau qu’elle contient, nécessite des mesures particulières car ces sols tourbeux sont rares et ont mis 10'000 ans à se constituer. Ces zones humides doivent être préservées car elles hébergent tout un écosystème. La tourbe des berges du cours d’eau du Bied, partiellement polluée, a été envoyée en décharge. Ailleurs dans les marais, elle a été décapée et préservée. Pour cette tourbe, en principe immergée dans l’eau, une méthode expérimentale de stockage et de valorisation a été développée. Ne devant pas être exposée à l’air - au risque sinon de s’oxyder et de se décomposer - elle a été déposée sous les zones d’installation de chantier et les pistes de chantier avant d’être recouverte de la couche de terre arable, pour faire office de « couvercle naturel ».

À l’Est du Locle, des sols calcaires et argileux

À l’Est du Locle, les sols sont plus représentatifs du Jura, soit des substrats calcaires marneux, voir argileux. Les sols à proximité de la route cantonale, déjà relativement pollués, seront remis au bord des routes une fois le chantier refermé. Sous les surfaces destinées aux installations de chantier, les sols ont également été décapés et seront remis en place à la fin des travaux.

Stockées et ensemencées

Les terres sont stockées temporairement, cartographiées (pour être remises à leur place d’origine) et ensemencées le temps des travaux pour les préserver de l’érosion. Des mélanges grainiers à enracinement profond sont plantés pour aérer les stocks et éviter qu’ils pourrissent. Cet ensemencement « choisi » préserve aussi des colonisations des néophytes envahissantes, plantes non indigènes et problématiques car nuisibles à l’environnement, toxiques pour le bétail ou, selon lesquelles, nocives pour la santé humaine.

Remise en place à la fin du chantier

Ces terres devront être remises en place à la fin du chantier en reconstituant la succession naturelle des horizons, en évitant de rouler sur les sols fraîchement remis en place. Cette étape est très importante et délicate car les terres sont davantage vulnérables à la compaction (matériaux complètement foisonnés, sans cohésion).

Après la reconstitution des sols, s’en suit une phase restrictive de « remise en culture », d’une durée variable de 3 à 5 ans et essentielle pour s’assurer de la régénération de la structure des sols et plus largement garantir le maintien de la fertilité des sols sur le long-terme. Durant cette phase, l’utilisation des sols sera restreinte à de la prairie permanente. On y limitera la circulation sur les sols, les amendements et le purinage. Toutes ces étapes, dont les agriculteurs mesurent la primordiale nécessité, sont convenues avec les exploitants qui sont dédommagés pour la perte de rendement de leur culture.

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